14 avril 2011

Thomas Domingo, son corps a dit stop

Thomas Domingo victime d’une rupture des ligaments croisé antérieurs du genou droit (à la 60e minute du match Clermont – Biarritz), c’est une énorme tuile. Pour lui d’abord, pour Clermont et le XV de France ensuite. Est-ce la faute à pas de chance ou la faute à la fatigue ? Entre les deux, mon cœur balance sans hésitation pour la deuxième. Et ce n’est pas parce que le pilier auvergnat n’a pas battu le record de matches joués par saison ces dernières années que son organisme n’était pas usé au point de lâcher sur « un geste anodin » comme le décrit Jean-Marc Lhermet dans les colonnes de L’Equipe ce matin.

Le manager clermontois dit en fait : « Il est difficile de cerner les raisons d’une telle blessure. Il y a peut-être un facteur fatigue. On l’avait laissé au repos la semaine dernière parce qu’on le trouvait un peu fatigué. Il y a aussi la malchance sur un geste anodin. » Malchance ? La chute de Domingo m’a rappelé celle de Vincent Clerc il y a trois ans à la même époque. Un ligament dans un genou d’un joueur de 25 ans qui cède de la sorte sur un appui, qu’est-ce d’autre que le ras-le-bol d’une articulation trop contrainte ?

pilier gauche XV de France

Domingo balle en main contre Galles. (Photo Philippe Caron)

Passé pro à l’été 2006, membre à part entière de l’équipe première de l’ASM depuis la saison 2008-2009, Thomas Domingo jouait son 25ematch cette saison après deux exercices à 30 et 33 matches. On a vu pire, c’est vrai (Servat à 39 la saison passée, par exemple). Il n’a pas toujours été titulaire non plus, mais l’a été de manière croissante chaque année – et puis, titulaire ou pas, c’est autant de semaines sur le pont, y compris lorsqu’il fut le 23e homme contre l’Italie. Il faut donc aussi s’arrêter sur la structure de ses saisons. Domingo a participé aux tournées estivales de juin 2009 (Nouvelle-Zélande, Australie) et juin 2010 (Afrique du Sud, Argentine). Si à chaque fois il n’a joué qu’un test (sur trois en 2009, sur deux en 2010), il a fait partie du voyage, subi les décalages horaires et les longs trajets, participé aux entrainements, bref il n’était pas en vacances.

Ainsi, en 2009, rentré début juillet de tournée, il attaquait le Top 14 dès le 15 août et enchaînait les trois premières journées comme titulaire. Il réalisa la saison que l’on sait, Grand Chelem et titre de champion de France à la clé puis s’envolait pour l’Afrique du Sud et l’Argentine. Rentrait à la toute fin du mois de juin 2010 pour réapparaître en Championnat dès le 20 août pour la deuxième journée, une carence obligatoire ayant été imposée sur l’une des deux premières journées pour les internationaux. Autant dire que le pilier auvergnat n’a quasiment pas soufflé depuis l’intersaison 2008 (physiquement ET mentalement). Lui comme d’autres d’ailleurs.

On ne peut que se désoler de cet accident malheureux qui met un coup d’arrêt à son début de carrière si prometteur (six mois minimum sont a priori nécessaire pour un retour). Thomas Domingo était-il fatigué ? Forcément. Son dernier mois de compétition allégé n’y a rien changé (23e homme contre l’Italie, une semaine de vacances après Galles) – ce repos-là est arrivé trop tard. Au même moment en Ecosse, le sélectionneur Andy Robinson a interdit de match en compétition européenne et Ligue Celte cinq joueurs clés qu’il veut en pleine forme pour la Coupe du monde. En France, les internationaux jouent trop, ce n’est pas nouveau. En revanche, hors micro en tout cas, ils reconnaissent de plus en plus cet état de fait, je l’ai constaté ces derniers mois. « C’est comme ça », finissent-ils tous par dire. La fatalité, quoi. Combien d’autres blessures de ce type faudrait-il pour que l’on considère que la fatalité n’a rien à voir là-dedans ?

Ludovic Ninet

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