22 mars 2010

Les Bleus remportent “à l’anglaise” un Chelem… fondamental.

Un neuvième Grand Chelem* ne se boude pas. Surtout quand il a été acquis, tout au long de la compétition, grâce à des valeurs du jeu de rugby aussi fondamentales que la mêlée, la défense, la solidarité ou le pragmatisme. Il en fut un, pourtant, pour ne pas totalement exulter samedi à l’issue de l’âpre victoire conquise face aux Anglais (12-10) : Marc Lièvremont. Quelques minutes après le coup de sifflet final, le sélectionneur loua l’état d’esprit de ses joueurs et combien avait-il raison. Mais il dit aussi : « Ce soir, (offensivement,) nous n’avons rien maîtrisé. » Et comme là aussi, il avait raison.

IMG_0303Son demi de mêlée et buteur Morgan Parra, interrogé peu après, admit même : « Nous avons joué comme des Anglais et les Anglais comme des Français. » Cela put faire mal à certains, lui s’en fichait, du haut de ses 21 balais, il venait de remporter un trophée mythique. Il s’extirpa d’ailleurs rapidement fêter ce titre. Et, disons-le clairement, ils faisaient vraiment plaisir à se montrer si heureux, nos Bleus, comme ils en procurèrent un paquet à reprendre par la férocité de leur défense (14 plaquages pour Jauzion hier !) les mètres gagnés par les attaques anglaises, ou celles des Gallois, des Écossais et des Irlandais les matches précédents (L'Italie est vraiment à part). Mais balle en main…

Qu’on se rappelle, chez nous, comme on conspue le Munster, c’est un exemple parmi d’autres, quand celui-ci cache le ballon pour s’assurer la victoire. Hier, sous la pluie, « comme des Anglais », les Français s’y essayèrent avec brio et sérénité. Elle est forcément là la petite frustration de Lièvremont. On le comprend. Au Stade de France, ses Tricolores n’ont pas été capables d’enchaîner rapidement deux temps de jeu. Pour un temps de possession légèrement à leur avantage (52%) et une occupation équivalente (50%), les Français ont parcouru deux fois moins de terrain balle en main que leur adversaire : 184 mètres vs. 397 (dont 242 pour le trio d'attaque Asthon-Foden-Cueto). Cette statistique comme les suivantes, toutes livrées par Opta, met en lumière la pauvreté offensive des hommes de Lièvremont.

Pris par l’enjeu ou incapables de soutenir la pression imposée par les Anglais, voire de l’inverser par le jeu à la main, les Bleus – aveu d’impuissance ? – ont choisi 45 fois le jeu au pied ! A elle seule, la charnière Parra-Trinh-Duc l’employa 31 fois (18 pour Trinh-Duc !) contre 14 fois pour la charnière anglaise, dont 4 seulement pour Flood, l’ouvreur. Affaire de choix tactique

Que vit-on finalement côté bleu ? Beaucoup de petits tas autour des regroupements. Arrêtons-nous sur les stats de plaquage pour nous en convaincre définitivement : 83% des 101 plaquages anglais ont été réalisés par les avants et leur charnière, preuve que les Bleus jouèrent essentiellement dans le petit périmètre**. D’ailleurs, le seul franchissement limpide côté français (4 côté anglais) fut l’œuvre de David Marty, le deuxième centre remplaçant qui, en une course, gagna 30 mètres. L’avait-on décalé au large sur une « combine » ou un coup bien senti ? Non, il récupéra, en position de 10 derrière un ruck, un ballon cafouillé que sa seule vista bonifia.

La questions des aptitudes offensives de cette équipe de France reste donc clairement posée, la mine de Marc Lièvremont l’a confirmé. Pour autant, ce neuvième Grand Chelem de l’histoire du quinze de France a apporté autre chose (revoyons le calme et le pragmatisme pour revenir dans la partie après l’essai anglais). Gagné sur des fondamentaux véritable ciment d’une force et d’une détermination collective, il peut servir de fondation à la mise en place d’un jeu plus abouti dans la perspective de la Coupe du monde 2011. Lièvremont, qui qualifia ce “Chelem dans la douleur” de “beau bébé”, l’espère certainement. Nous l’espérons. L’organisation du rugby français le permettra-t-elle ? Poser la question, c’est déjà, malheureusement, y répondre en partie.

   Analyse par Ludovic Ninet

*La France a remporté le Grand Chelem en 1968, 1977, 1981, 1987, 1997, 1998, 2002, 2004 et 2010.

**Les avants et la charnière français ont réalisé 67% (55) des 82 plaquages des Bleus.

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